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C’est sous un soleil radieux, qui ne nous pas quitter durant notre périple, que
débuta notre minitrip de Bourgogne. Et quoi de plus normal pour débuter le
Week-end Pascal que la visite d’une abbaye, celle de Pontigny, l’un des
plus anciens sites de l’ordre cistercien.
Seconde fondation du monastère de Cîteaux, elle fut établie
en 1114 aux confins des anciens diocèses de Sens, d’Auxerre et de Langres, entre
Champagne et Bourgogne. Les premiers moines mirent en valeur les terres, bois et
cours d’eau qui leur étaient donnés. Ils implantèrent, dans un rayon de
plusieurs dizaines de kilomètres autour de l’abbaye, un ensemble de grosses
fermes, les « granges », gérées par les frères convers. A l’exploitation des
forêts, l’élevage de porcs et de moutons, la culture des céréales et de la
vigne, vint s’ajouter l’extraction de minerai de fer et, sans doute aussi, la
production de briques et de carreaux en terre cuite. C’est cette solide assise
économique qui permit d’édifier, peu avant le milieu du XIIème siècle, la grande
église qui subsiste encore aujourd’hui, intacte.
Après la transformation du chevet, à la fin du XIIè, elle
atteignit la longueur de 120 mètres. Une fois poussée la porte, on découvre un
vaste espace de clarté : la sobriété des formes laisse les flots de lumière
inonder les hauts piliers de pierre et caresser le calcaire blanc et doux.
L’église cistercienne est conçue pour favoriser le recueillement des moines.
Ici, pas de fresques sur les parois, pas de vitraux colorés. Rien ne peut
attirer le regard et détourner de la prière. La Révolution fut fatale à
l’abbaye. L’église fut préservée grâce aux pèlerinages qui attiraient beaucoup
de monde vers les reliques de l’archevêque Edmund d’Abingdon plus connu sous le
nom de Saint Edme, canonisé en 1246 et dont le corps repose dans l’abbatiale. Il
n’en fut pas de même pour les bâtiments conventionnels, seul fut épargné celui
des frères convers.
Aujourd’hui l’avenir de l’abbaye est à nouveau indécis,
malgré la création de l’association des Amis de Pontigny.
C’est depuis le pont où la passerelle qui enjambe l’Yonne que
l’on découvre le panorama d’Auxerre. Accrochée au flanc d’une petite
colline, la première ville que nous avons visitée présente de très belles vues
d’ensemble, d’autant plus remarquables que les chevets de toutes les églises se
dressent perpendiculairement à la rivière. Citons la cathédrale St Etienne, bel
édifice gothique construit du 13ème au 16ème siècle et
terminé en 1560. De style flamboyant, la façade est encadrée de deux tours aux
contreforts ouvragés : la tour Sud reste inachevée.
A l’intérieur, la nef,
construit au 14ème siècle, a été voûtée au 15ème siècle.
Tout autour du déambulatoire se déroule un magnifique ensemble de vitraux à
médaillons du 13ème siècle, où dominent les tons bleus et rouges. Ils
représentent des scènes de la Genèse, l’histoire de David, celle de Joseph,
celle de l’Enfant prodigue et de nombreuses légendes de saints. La crypte
romane, seul vestige de la cathédrale romane, constitue un bel ensemble
architectural abritant des fresques réputées du 11ème et 13ème
siècle. A la voûte, celle représentant le Christ monté sur un cheval blanc et
entouré de quatre anges équestres est le seul exemple de figuration connu en
France. L’autre fresque, dans le cul-de-four, montre le Christ en majesté
entouré des symboles des Evangélistes et de deux chandeliers à sept branches.
La vielle ville offre aussi
de nombreuses autres curiosités : citons, outre les églises, la Tour de
l’Horloge construite au 15ème siècle sur les fondations de l’enceinte
gallo-romaine dont elle faisait partie des fortifications; le beffroi et
l’horloge symbolisaient les libertés communales accordées par le comte
d’Auxerre. L’horloge présente un double cadran indiquant sur les deux faces les
mouvements apparents du soleil et de la lune. Un passage voûté, attenant à la
tour, donne accès à la place du Maréchal Leclerc. Sous la voûte, une plaque
rappelle la mémoire de Cadet Roussel (1743-1807), huissier à Auxerre, dont les
déboires inspirèrent l’auteur de la célèbre chanson. C’est d’ailleurs des petits
triangles en bronze à son effigie incrustés sur le sol au milieu des pavés qui
guide le touriste vers les points les plus intéressants de la vieille ville.
Sur la place de l’Hôtel de Ville, construit en 1733, se
trouve la statue de la femme la plus marquante du 20ème siècle pour
Auxerre. Marie Noël, née en 1883, est l’une des grandes poétesses
qui a chanté sa ville dans ses recueils de poèmes et ses écrits en prose. Elle
s’éteignit en 1967. Nous avons rencontré sa secrétaire, plus de nonante ans, bon
pied, bon œil, qui nous récité quelques vers.
Cosne sur Loire, seconde
ville visitée, se trouve sur la rive droite du fleuve. Au 18ème
siècle, elle était célèbre pour ses forges, ses manufactures de canons,
mousquets et ancres de marine. Sa situation lui permettait de profiter des
ressources houillères toutes proche du Nivernais et la Loire d’expédier à peu de
frais ses produits vers les ports de l’Océan. C’est Babaud de la Chassade, qui
racheta l’ensemble en 1745, qui lui donna son nom.

Autre curiosité, le Musée du Facteur et de la Poste,
crée en 1994 : costumes de nombreux pays, boîtes aux lettres, vieux téléphones,
gadgets et souvenirs philatéliques font revivre des moments de l’histoire locale
et nationales.
Le Musée Municipal et de La Loire
présente un fonds ethnographique entièrement consacré au fleuve.
La Ferme de Port Aubry,
autre site visité, est célèbre par son Crottin de Chavignol. Au siècle
dernier, on ne comptait pas moins de 8 troupeaux de chèvres. C’était souvent les
femmes qui emmenait jadis les chèvres brouter, après leurs tâches ménagères.
Elles faisaient alors ce petit fromage appelé crottin du nom du moule en argile
qui servait à les former. La ferme abrite quatre cents chèvres enfermées dans
plusieurs hangars et fabrique ce fromage réputé depuis 1982. Nous avons eu
droit à une dégustation et à une explication sur les différentes techniques de
fabrication.

Dans plusieurs salles du château Renaissance de Saint
Amand en Puisaye, le musée du grès retrace, autour
d’une collection de grès utilitaires, quatre siècles d’histoire qui a façonné le
paysage et les hommes. Pays de bocage et de forêts, la Puisaye est, par la
nature de son sous-sol, riche en argile gréseuse, une terre de prédilection pour
la poterie. Cette argile, cuite à haute température dans des fours couchés, a la
propriété de vitrifier, dans la masse, ce qui donne aux récipients la grande
résistance et la totale étanchéité qui ont fait leur succès. Ici sont nées des
pièces à usage culinaire : toulons, berchets, crapauds, dont la diffusion a très
largement dépassé le cadre de la Bourgogne nivernaise. Cet environnement
favorable et l’importance de la tradition potière inciteront quelques artistes à
s’installer en Puisaye à la fin du 19ème siècle : citons Jean Carriès
(1855-1894) et ses élèves Nils de Barck, Paul Jeanneney et Georges Hoentschel

Guédelon, chantier médiéval,
nous montre les techniques anciennes utilisées pour construire un château. Situé
sur un terrain offrant tout le matériel nécessaire (bois et pierre), des
ouvriers volontaires, représentant tous les corps de métiers, s’affèrent.
Commencé en 1997, l’enceinte fortifiée, la poterne, le pont dormant, la salle de
tir et la cave en voûte d’arêtes ont été réalisés sous les yeux de centaine de
milliers de visiteurs venus voir ce chantier unique au monde. A présent, les
oeuvriers poursuivent le deuxième niveau de la tour maîtresse, future chambre
seigneuriale couverte d’une voûte en croisée d’ogives. Ils posent le plancher et
montent le deuxième niveau du logis.

Pont-canal entrepris en 1890 est un important ouvrage
d’art qui permet au canal latéral à la Loire
de franchir le fleuve pour s’unir au canal de Briare. La gouttière
métallique contenant le canal est formée de plaques assemblées par des millions
de rivets. Longue de 662 mètres, large de 11 mètres (avec les chemins de
halage), elle repose sur 15 piles en maçonneries réalisées par la société
Eiffel. Le tirant d’eau est de 2,20 mètres. Des escaliers permettent de
descendre au niveau de la Loire et d’admirer la magnifique architecture
métallique du pont. Et pour en découvrir tout le charme, quoi de mieux qu’une
croisière permettant de passer le pont dans les deux sens et découvrir les
environs, notamment son important port de plaisance.
St-Fargeau, dernière ville
visitée, est surtout connu par son château. Son histoire s’étend sur 10 siècles.
Fondé en 980 par l’Evêque Héribert d’Auxerre et fils naturel d’Hugues Capet,
c’était d’abord un rendez-vous de chasse fortifié. C’est Antoine de Chabannes
qui fit construire en 1453, sur les bases de l’ancienne forteresse, le château
actuel avec sa forme pentagonale, flanqué de six grosses tours. Mais c’est à
la Grande Mademoiselle que revient l’honneur d’avoir complètement transformé
l’aspect des bâtiments. Mlle de Montpensier passa plusieurs années à St Fargeau
sur l’ordre de Louis XIV qui lui reprochait son attitude au cours de la Fronde.
Lorsqu’elle arriva en 1652, elle trouva une bâtisse délabrée. Elle fut donc
appel à Le Vau, architecte du roi, pour aménager la cour intérieure et
transforma complètement l’intérieur du château. La vaste cour d’honneur,
entourée de cinq corps de logis, forme un ensemble d’une rare élégance. Dans
l’angle des deux ailes principales, un escalier semi circulaire donne accès à la
rotonde d’entrée. La chapelle est aménagée dans l’une des tours : à gauche
s’ouvre la galerie des portraits qui desservaient les appartements de la Grande
Demoiselle entièrement brûlés en 1752 ; à droite s’étend la salle des gardes du
17ème siècle. Un escalier d’honneur conduit aux appartements du 1er
étage. On visite aussi les greniers aux charpentes séculaires. Dans le parc de
118 ha aux belles futaies, l’immense pièce d’eau est alimentée par le ruisseau
de Bourdon.

Installé dans un ancien couvent du XVIIè siècle dans la même petite ville, un
musée propose aux visiteurs de découvrir l’aventure du son : des
instruments de musique mécanique toujours en fonctionnement, aux premiers
phonographes des années 1900 jusqu’en 1960. Il permet également de se plonger
dans l’univers de la radio, des premières expériences aux transistors.
C’est par un souper au restaurant « La Demoiselle » que se termina le minitrip.
Famille Lenoir (1075).
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